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Dimanche 14 décembre 2008

Le 60ème anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme est l’occasion pour moi de témoigner sur des comportements contestables de la police aux frontières. En effet, il illustre sans équivoque, le comportement pour le moins, inhumain de cette dernière comme d’ailleurs, celui du préfet de l’Ille et Vilaine.

Il s’agit du cas d’un ressortissant malien, sans papier, pour lequel une mobilisation de soutien a eu lieu en septembre et novembre 2008 suite à son incarcération au centre de rétention administrative de Rennes et de Massy Palaiseau et qui a été couvert dans le journal Ouest France édition des 8 et 9 novembre. Je précise que, mon épouse et moi-même, nous sommes les parrains républicains de sa petite fille de 19 mois à ce jour.

Lors de sa deuxième interpellation, j’ai été le témoin visuel d’une scène qui a réveillé en moi un sentiment de révolte.

Alerté le matin du 5 novembre par sa compagne, de même nationalité, que son compagnon est interpellé sur son lieu de travail, je me rends, en début d’après midi, à leur domicile pour la réconforter. La police  l’a informé par téléphone que son compagnon est en garde à vue, sans préciser le lieu, seulement en donnant un numéro de téléphone où elle peut le joindre.
Elle me raconte les conditions de la mise en garde à vue de son compagnon.

La veille, c'est à dire le mardi, alors qu'elle rejoint le domicile de son compagnon parti le matin à son travail, elle constate que trois hommes en civil, profitent de ce qu'elle ouvre le sas d'entrée sécurisée de l'immeuble, pour monter à l'étage. Ils font comme si de rien n'était et poursuivent  la montée des escaliers tout en observant probablement l'ouverture de la porte de son appartement. Une fois entrée dans l'appartement et la porte refermée, ils redescendent et sonnent à la porte de l'appartement, laquelle est  ouverte sans crainte.

Ils présentent leurs  cartes de police en lui expliquant qu'il ne faut pas s'inquiéter, qu'ils viennent recueillir des compléments d'informations pour régulariser les papiers de son compagnon. Ils lui demandent s'il est bien le père de la petite fille, ce que la maman  confirme. Ils veulent savoir où il est. Elle leur dit qu'il est sorti puis de fil en aiguille, ils  obtiennent, d'une façon insidieuse et certainement bien rodée, l'information sur son lieu de travail et repartent sans rien dire d’autre.

En fait,  ils partent le cueillir sur son lieu de travail ! 

Alors que j’essaye de le contacter sur son portable,  un message enregistré me stupéfait. Il s’agit d’une réplique du film « Les gendarmes de Saint-Tropez » dans laquelle je reconnais, surpris, la voix de Michel Galabru s’adressant à son adjoint et lui disant à peu près ceci : «  Tu vas voir Gruchot on va les arrêter, les coffrer…..etc. ! »

Sa compagne me confirme que c’est ce message qu’elle a quand elle essaye de joindre son compagnon et que ce n’est pas l’annonce habituelle ! méthode révoltante !

Vers16 h 00, coup de sonnette à la porte, deux policiers se présentent. Ils encadrent son compagnon, les mains menottées derrière le dos, les chaussures sans lacets....Ils viennent chercher des papiers qu'ils emportent. C'est le courrier de l'avocate l'informant de la requête en annulation du jugement d'expulsion du mois de septembre. J'en ai pris connaissance avant qu'ils ne viennent. Ils ont tout pris.

Tout s'est passé dans le calme. Mon ami est resté digne et calme toujours menotté. Je me suis hasardé à leur demander s’il est vraiment nécessaire de le laisser menotter. Réponse froide et sans appel : c’est le règlement !!!

Au fond de moi-même je me suis dis, méthode inhumaine et dégradante devant sa compagne et sa petite fille. Je ne voulais pas envenimer la situation pour ne pas nuire à mon ami.

Alors qu'ils s'apprêtent à partir, je demande où ils l'emmènent. Bien sûr qu'à leurs yeux, j'apparais comme un intrus; L'un des policiers me demande qui je suis, prétextant que lui, il a montré qui il est en présentant sa carte de police! Je lui réponds que je suis un ami de la famille. Il  me dit finalement qu'ils l’emmènent route de Lorient à la Police aux frontières où il est en garde à vue. Alors qu'ils quittent l'appartement sa petite fille s'est mise à crier en courant vers son père; Son papa n'a même pas pu la prendre dans ses bras menottés pour l'embrasser. Je l'ai prise dans mes bras pour la consoler et l’éloigner de cette vision insupportable.

La porte s'est refermée. Nous sommes restés, sa compagne et moi, sans voix le coeur déchiré!

Ils le conduisent le lendemain, après une nouvelle perquisition à son domicile et pour qu’il prenne quelques affaires, en voiture au CRA de Massy Palaiseau pour l’éloigner de ses soutiens et envisager son expulsion vers son pays.

Les réseaux de soutien rennais se mobilisent et active les réseaux de la région Parisienne. L’avocate de permanence l’assiste pour le défendre. Il passe devant le juge des libertés auprès du tribunal d' Evry qui le libère pour la seconde fois !

Sorti libre du tribunal, il est laissé là, en plan.. Où sont-ils ceux qui l’ont transporté en voiture ? Se sont-ils inquiétés de son sort ?  Sans argent, comment allait-il faire pour manger et prendre son train pour Rennes. Mais là encore, la solidarité a fonctionné. Son avocat lui à offert le déjeuner. Une militante de RESF le conduit à la gare Montparnasse. Avant, elle l’emmène voir des compatriotes en grève. Il explique sa situation. Spontanément, une collecte est faite. Il recueille 40 euros, presque le prix du billet de train. L’amie lui avance 20 euros que nous lui rembourserons par la suite. Le train sera à Rennes vers 19h00.

Nous l’attendons mon épouse et moi sur le quai de la gare, une personne du MRAP et de RESF également. Enfin il est là, un petit sac plastique à la main comme seul bagage. Jusqu’au bout nous étions inquiets ! Nous le reconduisons chez lui auprès de sa fille et de sa compagne ; Après les embrassades, les étreintes et l’émotion nous refermons la porte discrètement pour les laisser dans leur intimité retrouvée. Tout le monde allait bien dormir ce soir là.

 

Cependant, l’acharnement dont fait preuve la préfecture d’Ille et Vilaine est tel, que le commissaire du gouvernement, à l’occasion de la requête en appel au Tribunal Administratif d’Appel de Nantes, le 11 décembre (le lendemain du 60 ème anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme !), où nous l’avons emmené en voiture avec sa fille et sa compagne, a lu avec froideur les mêmes motifs justifiant aux yeux du Préfet d’Ille et Vilaine sous la signature du secrétaire général, l’expulsion de ce père de famille. La plaidoirie de l’avocate a été excellente. Cela n’avait rien à voir avec la plaidoirie du premier avocat qui, de l’avis des spécialistes, avait été lamentable.

La décision du président du tribunal interviendra dans trois semaines… .

Au retour, nous proposons à notre ami de passer saluer ses collègues de travail ; c’est sur le trajet. Il accepte très content de les revoir après quatre semaines d’absence forcée.  Il ne peut plus travailler pour l’instant de peur de se faire interpeller de nouveau. Son patron risque  des poursuites judiciaires pour avoir embaucher un travailleur sans papier. Il lui a même fait un contrat à durée indéterminée et est entièrement satisfait du travail fourni. Il est prêt à l’embaucher de nouveau dès que la régularisation interviendra.

Il faut le voir notre ami sur son lieu de travail. Il est accueilli chaleureusement par tous ses collègues.

 

Monsieur le Préfet est-il à ce point sourd pour ne pas entendre les arguments sur la violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, sur l’erreur d’appréciation des conséquences que l’arrêté d’expulsion entraîne sur la situation personnelle de mon ami, sur la violation de l’article 3-1 de la Convention de New York relative aux droits de l’enfant.

 Est-il à ce point sourd pour ne pas prendre en compte les appels du Maire de Rennes et des conseillers municipaux, du Président du Conseil Général et des conseillers généraux qui ont pris fait et cause pour notre ami ? Fera t-il  preuve de plus d’humanité dans le traitement des dossiers de régularisation ?

Je crois en la justice de mon pays. Je suis convaincu que le président a entendu les arguments de l’avocate et qu’il annulera l’arrêté de reconduite à la frontière prononcé le 23 septembre 2008.

 Humainement, il ne peut en être autrement.

 

Par ce témoignage, j’ai voulu montrer qu’à partir d’une démarche de régularisation sincère en préfecture, une personne se retrouve après 8 ans de présence sur le territoire français, dans une  situation précaire, plus de travail, plus de ressources, avec l’angoisse du lendemain de se faire interpeller de nouveau et d’être mis dans un avion à destination de son pays d’origine, laissant ainsi sa compagne, en situation régulière et sa petite fille, née sur le sol français, seules et désemparées, sans possibilité de retourner dans un pays où les structures de soins médicaux ne permettent pas de leur garantir les traitements thérapeutiques vitaux.

Par Daniel HEURTAULT - Publié dans : Actualité
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